"Déni de démocratie" : au Bourget, le passage en force manqué d'un projet de data center

Au Bourget (Seine-Saint-Denis), un projet de data center est en suspens, après que le nouveau maire Mehdi Nezzar a annulé le permis de construire accordé par son prédécesseur, Jean-Baptiste Borsali. Les habitants, très mobilisés depuis qu'ils ont pris connaissance du projet il y a un an, ont longtemps eu le sentiment d'être ignorés par l'ancien édile. En juin dernier, une réunion publique, houleuse, a enfin pu se tenir à la mairie.

Cet article est le dernier épisode d'une série de trois sur le projet de data center au Bourget.

Ils avaient moins d'un mois pour agir. En octobre 2025, lorsqu'une habitante du Bourget (Seine-Saint-Denis) découvre qu'une enquête publique est ouverte depuis déjà quelques jours pour l'installation d'un data center, elle ignore tout ce de projet.

Marie-Paule Direur, dont la résidence jouxte le terrain de 3,5 ha, une ancienne friche industrielle, qui doit accueillir l'infrastructure, avait, elle, repéré le sujet dans le procès verbal d'un conseil municipal, en juin 2024. Mais cette enquête publique, elle ne l'avait pas vu venir, elle non plus.

En urgence

Ave elle, les habitants et associations environnementales se mobilisent en urgence. Un collectif d’une centaine d’habitants se constitue contre le projet. Résultat : près de 300 contributions à l'enquête, et une pétition à 18 000 signatures.

"Lors de la dernière permanence à la mairie, nous étions près d'une cinquantaine, chauffés à blanc. La commissaire enquêtrice nous a dit qu'elle n'avait jamais vu ça", retrace Adil Champion, membre du collectif, et riverain potentiel du data center.

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Les contributions à l'enquête vont quasiment toutes dans le sens d'une opposition. Les inquiétudes et critiques, souvent fondées sur l'avis rendu par la MRAe, autorité environnementale, sont nombreuses : nuisances sonores, risque de pollutions diverses, crainte d'une baisse de la valeur de l'immobilier...

Plusieurs réactions politiques appellent alors à une suspension du dossier ou à des études complémentaires : Fabien Gay, sénateur PCF de Seine-Saint-Denis, Aly Diouara, député LFI du département…

Las, alors que l'autorisation environnementale n'a pas encore été acccordée par la préfecture, le maire, Jean-Baptiste Borsali, signe le permis de construire, en mars, deux jours avant le premier tour des élections municipales. "C’est un déni de démocratie.", souffle Adil Champion, porte-parole du collectif contre le projet.

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Interrogé sur ce timing, M. Borsali estime que "la période de réserve électorale porte uniquement sur la communication. La ville, elle, continue de tourner et d'avancer".

Pour un responsable de service urbanisme exerçant en Seine-Saint-Denis, "Normalement, en période électorale, on gère les affaires courantes, point barre." Jean-Marie Baty, président du MNLE 93, association environnementale engagée contre le projet, déplore lui "une pratique que l’on retrouve malheureusement à chaque élection municipale. Le but, c'est que la nouvelle équipe n’ait plus la main.”

Depuis la fin de l'enquête publique, les militants du MNLE 93 et les membres du collectif d'habitants contre le data center multiplient les tractages au marché, comme le samedi 2 mai, où ils ont échangé avec le nouveau maire Mehdi Nezzar, défavorable au projet. CLÉMENT BRIZARD

Depuis, le nouveau maire, Mehdi Nezzar, a retiré le permis de construire, mi-juin, estimant que le bâtiment ne sera pas en accord avec le PLU et que le projet est "de nature à porter atteinte à la salubrité et à la sécurité publique". Le 17 juin, il a demandé "l'abandon du projet dans sa forme actuelle", "une réévaluation approfondie" de ses impacts et "l'ouverture d'un véritable débat".

Le 22 juin, la préfecture a quant à elle accordé au promoteur son autorisation environnementale, estimant que les réserves de la MRAe avaient été levées.

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Mais fin juillet, saisi en référé, le tribunal administratif de Montreuil a confirmé l'annulation du permis de construire. L'affaire doit encore être jugée au fond.

 
 
 
 
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Segro saura-t-il convaincre la juridiction ? Lors de la réunion publique du 16 juin, dans une salle comble de la mairie du Bourget, ses trois représentants avaient eu bien du mal à défendre leur projet. La PDG de Segro France, Laurence Giard, avait été interrogée par des habitants : "Pourquoi l'INCM n'a pas été considéré comme un établissement recevant du public ?" La dirigeante n'avait pu masquer qu'elle ignorait l'existence même de cet institut de formation, collé au terrain prévu pour le data center.