Data centers : la résistance s'organise

La France, sous l'impulsion de son Président, s'est lancée depuis plus d'un an à corps perdu dans la course à l'implantation de ces infrastructures. En parallèle, les oppositions se multiplient et se structurent, des militants aux élus, en suivant la trajectoire du leader en la matière, les États-Unis. Analyse.
"Plug, baby, plug !" La formule, prononcée par Emmanuel Macron, en février 2025, au Sommet pour l'action sur l'Intelligence Artificielle de Paris, semble bien lointaine. Reprenant le "Drill, baby, drill!" de Donald Trump, le Président appelait à un déploiement massif de data centers dans l'Hexagone, avec plus de 100 milliards d'euros d'investissements publics et privés annoncés.
Depuis, les contestations contre ces infrastructures, présentées comme essentielles dans la "course à l'IA" se sont multipliées, et commencent à se structurer.
70 % d'opposition aux États-Unis
Aux États-Unis, qui restent largement en tête du classement mondial avec près de 5 000 centres de données, 7 personnes sur 10 sont opposées à l'installation d'un data center dans leur communauté, selon un sondage Gallup publié en mai. C'est désormais plus que pour les centrales nucléaires.
Fait notable, cette opposition, traditionnellement plus ancrée chez les démocrates, est de plus en plus transpartisan, puisqu'il concerne aussi 63 % des républicains. Le sujet est devenu central dans les débats pour les mid-terms, le 3 novembre. Le 16 septembre, le Congrès a déjà adopté une loi pour faire payer aux constructeurs le surcoût sur les factures d'électricité.
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Si les élus se saisissent de la question, la résistance s'organise d'abord sur le terrain. En mai, la militante Erin Brokovich, restée célèbre pour son interprétation par Julia Roberts dans un film sur son engagement contre la pollution de l'eau, a lancé une carte collaborative pour recenser les data centers existants, en construction ou en projet. D'autres initiatives ont vu le jour, comme des sit-in devant les bureaux d'OpenAI.
Sit-in
Des modes d'action qu'on retrouve ici, en France. Dès fin 2025, le collectif marseillais "Le Nuage était sous nos pieds" avait mis en ligne une carte, lui aussi. Dimanche dernier, c'est un autre collectif "Stop IA", qui a passé l'après-midi devant les bureaux de Mistral, à Paris.
Les rassemblements se multiplient. Ce samedi 17 octobre, des centaines de militants doivent converger à Étrechet (Indre), à côté de Châteauroux, où Google prévoit d'implanter son premier data center en France, sur 195 hectares de cultures. Mi-septembre, la maire de la commune et ses adjoints ont démissionné, dénonçant un projet "démesuré", un "manque de transparence".
Moratoire
Le sujet devrait maintenant faire son retour dans les débats parlementaires. Alors qu'en mai dernier, le Parlement adoptait la Loi de simplification de la vie économique, ouvrant à certains data centers le statut de "Projet d'intérêt national majeur", c'est la question d'un possible moratoire qui émerge désormais.
Le 8 octobre, le député de la Somme et candidat Debout! à la présidentielle, François Ruffin, a déposé une proposition de résolution transpartisane appelant à un moratoire de cinq ans sur les data centers "non souverains", c'est-à-dire non européens.
Le 3 décembre, c'est le groupe Écologiste à l’Assemblée, qui, dans le cadre de sa niche parlementaire, devrait déposer une proposition de loi pour encadrer, voire suspendre, l’installation des centres de données, selon Politico. Le sujet pourrait désormais se tailler une place dans les débats pour les prochaines présidentielles.


