Enquête. "Vous pensez bien que je ne pouvais pas en parler à ma population" : au Bourget, un projet de data center construit "dans une grande opacité"

Au Bourget (Seine-Saint-Denis), un projet de data center couve depuis quatre ans. Alors qu'une réunion publique doit se tenir la semaine prochaine, les procès verbaux des conseils municipaux, les témoignages d'élus, d'experts, et les documents administratifs dessinent un dossier qui s'est monté "en catimini".
"Encore un projet dont personne n'a eu connaissance." C'est ce qu'a écrit Michelle, habitante du Bourget (Seine-Saint-Denis), le 23 octobre 2025, dans sa contribution à l'enquête publique sur le data center qui doit s'implanter dans la commune.
Son observation résume un sentiment largement partagé par les près de 300 personnes qui se sont exprimées lors de la consultation, à l'automne dernier.
Depuis octobre 2025, la petite ville (2 km²) de 16 000 habitants est agitée par ce dossier, porté par le promoteur britannique Segro, spécialiste de l'immobilier industriel, et déjà bien implanté autour de la commune.
Le projet est prévu au sud de la ville, dans la zone industrielle du commandant Rolland. D’une surface de 35 000 m², soit presque 2 % de la superficie de la ville, sa consommation électrique serait équivalente à 2,5 fois celle de la commune. 1 500 tonnes de fioul sont prévues pour alimenter 33 groupes électrogènes en cas de panne électrique.
Les premiers immeubles sont situés à 28 m du site. Dans un rayon de 500 m, se trouvent également un Ehpad, deux crèches, quatre écoles, un collège, un centre de formation et une mosquée. À moins de 3 km du site prévu, à La Courneuve, est déjà installé le plus grand data center de France (40 000 m²). Un autre projet est actuellement en construction, à Dugny, à proximité de l'aéroport du Bourget. À une plus grande échelle, la Seine-Saint-Denis est la zone où la concentration en data centers est la plus forte en Europe, avec 36 sites pour 230 km².


En décembre 2021, l'entreprise de logistique ID Logistics dépose une offre de reprise pour l'entrepôt H&M du Bourget et ses 149 salariés. Six mois plus tard, le 23 mai 2022, la friche est rachetée pour 24 millions d'euros, par la société Segro Bourget.
C'est également en 2022 que les comptes de l'entreprise apparaissent pour la première fois sous le nom de Segro Bourget. Jusqu'ici, la société était une filiale d'ID Logistics France. "C'est une opération classique", estime un expert de l'immobilier d'entreprise, Segro a racheté la 'coquille' qu'ID Logistics avait créée pour acquérir le terrain.
"Ils ne nous ont pas montré de photos, ni parlé des dimensions"
Toujours courant 2022, une première réunion a lieu à la mairie. C'est ce que rapporte Abdel Fadili, alors délégué à l'économie et à l'attractivité. Autour de la table : des représentants de Segro, le maire Jean-Baptiste Borsali (DVD, battu aux élections municipales en mars dernier) et Abdel Fadili.
“Je pensais que ça allait être un entrepôt pour le transport, c’est là que j’ai su que ce serait un data center. Tout de suite, j’ai posé la question : ‘Ça va être quoi les avantages pour la ville ?’ se rappelle l'ancien élu. À ce moment-là, ils ne nous ont pas montré de photos, ni parlé des dimensions, à savoir un bâtiment de 24 m, et des cheminées à 30 m."
De son côté, Segro avance. En avril 2023, l'entreprise "sécurise" son approvisionnement en électricité avec RTE. Le gestionnaire du réseau s'engage à fournir une puissance de 75 MW – contre 6,5 MW en moyenne pour les data centers français en 2026.
Cet accord est daté sur le site de Segro elle-même, dans une présentation PowerPoint mise en ligne un mois après, en mai 2023, sous le nom "segro_park_lebourget_may2023_v7-teaser.pdf". L'heure est en effet au "teasing" : le document annonce que le "Segro Park Le Bourget" sera disponible au troisième trimestre 2028.

Projet urbain partenarial
Le projet arrive au conseil municipal un an plus tard, le 20 juin 2024. À l'ordre du jour, la délibération 95 doit porter sur l' "Instauration d’un projet urbain partenarial (PUP) tripartite entre l’EPT Paris Terres d’Envol, la Ville du Bourget et la société SEGRO Bourget".
L'adjoint à l'urbanisme, Himad Darani, rappelle d'abord que le PUP "est un outil financier permettant de contractualiser un accord" avec l'opérateur, "impliquant une participation de ce dernier aux équipements publics induits par une opération de construction". En contrepartie, "l'opérateur (...) est exonéré de la part communale de la taxe d'aménagement pendant une durée maximale de 10 ans", précise-t-il.
Puis il en vient à l' "opération de construction" en question : "Segro Bourget est propriétaire d’un terrain" sur la commune et "projette de démolir le bâtiment existant sur ce terrain pour y construire un centre de données".
Il s'agit donc de cela. Autoriser un accord entre Segro et la ville, pour que le promoteur finance les "équipements publics induits" par son projet. Par exemple, la "pose de bordures en béton" et "la pose d'un portique". Mais aussi la "réfection potentielle de l'éclairage public". En clair : refaire la rue du commandant Rolland. Montant de la promesse : 4,4 millions d'euros.
Les finances de la ville sont alors au plus bas. 8 mois plus tôt, en novembre 2023, dans un courrier adressé à l'ensemble du conseil, le préfet de Seine-Saint-Denis avait rappelé le maire à l'ordre, pointant un risque que les agents municipaux ne reçoivent pas leur paie de décembre.
"Les Bourgetins seront consultés"
Cet événement, énième épisode d'une crise politique qui durait déjà depuis près d'un an, avait provoqué la démission de 17 élus, dont cinq adjoints. Jean-Baptiste Borsali avait ensuite été réélu fin janvier 2024, avec une équipe profondément remaniée, face à la première adjointe démissionnaire, Sandy Desrumaux.
C'est justement la nouvelle tête de l'opposition qui, lors de ce conseil du 20 juin 2024, prend la parole : "Est-ce que les Bourgetins habitant autour de cette zone ont été consultés ?"
M. Darani assure alors que "les Bourgetins seront consultés". Le maire met lui en avant la récupération de chaleur produite par le data center, pour l'injecter dans le futur réseau de chaleur. Et rappelle que la rue du commandant Rolland a "un grand besoin d'être rénovée".
Interrogé, il complète : "Nous avions connu deux graves incidents impliquant des poids lourds, j'ai jugé qu'un data center serait moins problématique en termes de flux. Il y avait aussi le désengagement de l'État vis-à-vis des communes, il nous fallait de nouvelles recettes pour ne pas augmenter les impôts." Fin 2024, une tribune de députés et d'élus locaux rappelait que pour les collectivités, "les dépenses représentent moins de 12 % du PIB contre 18 % pour la moyenne européenne, malgré l’augmentation des missions".

Le PUP est adopté à main levée. Dans les rangs de la majorité, les trois quarts des élus ne sont là que depuis six mois. C'est le cas de Jihane El Messaoudi, alors jeune vingtenaire. "On ne m'avait pas informée, se rappelle-t-elle. “C’est un projet qui s’est fait dans une grande opacité, on avait très peu d’informations, pas de réunion de liste, et le peu de fois où j’essayais de poser des questions, c’était soit un refus, soit ‘ne t’inquiète pas’”.
Clause de confidentialité
Interrogé, Jean-Baptiste Borsali déclare qu'il y a bien eu une réunion de liste, en amont du conseil, pour présenter le projet, "mais sans rentrer dans les détails techniques". Il ajoute qu'il y avait eu auparavant "plusieurs conseils" où le sujet de la friche H&M avait été abordé, pour désinfecter le terrain, le déclassifier, etc". Nous n'en avons pas trouvé trace. Le terme "centre de données" n'apparaît qu'à partir du procès verbal de cette séance du 20 juin 2024.
L'ancien maire admet en revanche qu' "il y avait une clause de confidentialité, il ne fallait pas trop que l'on évoque certains sujets, sauf avec les élus et services directement concernés."
Restée première adjointe jusqu'à son entrée en dissidence avec quinze autres élus, début 2023, Sandy Desrumaux indique que cette clause "ne [lui] parle pas".
Adjoint à l'urbanisme pendant l'intégralité du mandat de M. Borsali, Himad Darani déclare qu'il n'en a "pas souvenir". Avant de nous rappeler pour préciser : "Monsieur Borsali m'a confirmé que rien n'avait été signé, c'est plutôt le maître d'ouvrage [Segro] qui a demandé de ne pas trop en parler avant que le permis de construire soit déposé, c'est tout. Et c'est normal, poursuit-il, tant qu'il n'y a pas de projet concret, avec des documents, des données, si vous dites 'il y a un data center qui va sortir', ça ouvre la porte à tous les imaginaires possibles."
Dans les faits, pour le projet de data center, l'absence de communication officielle a couru jusqu'à l'enquête publique, en octobre 2025.
Comme l'ancien maire, M. Darani indique que le même principe a été appliqué pour un projet avec la fondation Pierre Bergé - Yves Saint Laurent, jusqu'au vote de la cession du terrain en conseil municipal, début mars. Pour ce dernier projet, M. Borsali ne parle pour autant pas d'une "clause".
Pour l'expert en immobilier d'entreprise précité, "Ce genre de clause n'est pas fréquent mais existe sur les projets sensibles, et visiblement, c'est le cas..." Interrogée, Segro n'a pas donné suite.
"C'est fantastique, on n'existe pas"
Techniquement, à partir de ce 20 juin 2024, le projet est public, car mentionné dans le procès verbal de la séance, disponible sur le site de la ville. Mais "tout le monde n'a pas le réflexe d'aller lire ces délibérations", estime un responsable de service urbanisme exerçant en Île-de-France.
Marie-Paule Direur fait partie de ceux qui lisent ces procès verbaux. Diplômée en droit de la construction, le vote sur le PUP ne lui avait pas échappé. À la lecture, une phrase du maire lui est restée en travers de la gorge, celle où il assure qu' "à l’endroit où se tiendra le futur chantier, il n’y a pas de riverains directs". "C’est fantastique, on n’existe pas. J’en suis folle", déclarait fin janvier celle qui habite à 60 m du site.
Si le projet était public, pourquoi ne pas en avoir informé officiellement la population ? L'ancien maire répond ici sans fard : "Vous pensez bien que si je peux pas en parler à mon équipe municipale, je peux encore moins en parler à la population."
"C'est hallucinant, réagit Marie-Paule Direur, aujourd'hui porte-parole du collectif contre le projet. Je suis vraiment choquée, je n'ai pas d'autres mots".
"Avancer masqué le plus longtemps possible"
Suite au vote, l'entreprise a continué d’avancer ses pions. Elle obtient son permis de démolir, puis dépose ses demandes d'autorisation environnementale et de permis de construire, en septembre 2024. L'Agence régionale de santé rend un avis favorable, mais la MRAe émet plusieurs réserves, dans son rapport de juin 2025.
L'instance relève notamment qu' "Aucune mention explicite n'est faite d'une procédure de concertation préalable organisée, ni d'un débat public, ni de modalités spécifiques de participation du public en amont du dépôt de la demande d’autorisation", réalisée en septembre 2024.
Deux semaines plus tard, Segro répond qu'en dehors de l'enquête publique, "Aucune autre procédure d’information n’est requise (…), ce qui a été validé avec la ville du Bourget lors des réunions organisées dans le cadre de l’élaboration du projet." Interrogée, entre autres, sur le sens de ces réunions, Segro a répondu : "Ces sujets font actuellement l'objet d'un travail approfondi de notre part".
Pour Maxime Colin, juriste en droit de l'environnement, chez France Nature Environnement (FNE) Ile-de-France, l'entreprise s'inscrit là dans "la tendance que suivent les projets de data centers, à savoir avancer masqué le plus longtemps possible". L'expert en immobilier déjà cité le dit avec ses mots : "Pour ce type de projet, le bien ne fait pas de bruit, et le bruit ne fait pas de bien."
300 contributions et 18 000 signatures
De bruit, il n'y a pas eu, jusqu'à l'enquête publique, en octobre 2025. Annoncée sur le compte Facebook de la ville le 9 octobre, 3 jours après son lancement, elle s'est déroulée sur un mois, dont deux semaines de vacances scolaires. Interrogé, Jean-Baptiste Borsali indique que conformément au code de l'environnement, qui stipule que "L’enquête publique est ouverte et organisée par l’autorité compétente pour prendre la décision en vue de laquelle l’enquête est requise", ce n'est pas lui qui a choisi le calendrier, mais le préfet de Seine-Saint-Denis.
Il rappelle aussi qu'il s'est conformé à l'arrêté préfectoral en annonçant l'enquête en mairie au moins quinze jours avant son ouverture. Une annonce a également été faite dans le bulletin municipal d'octobre et sur le site de la ville, mais trois jours avant le début de l'enquête selon le site d'archivage The Wayback Machine.
Les habitants et les associations environnementales, notamment le MNLE 93, se mobilisent en urgence. Un collectif d’une centaine d’habitants se constitue contre le projet. Résultat : près de 300 contributions à l'enquête, et une pétition à 18 000 signatures. "Lors de la dernière permanence à la mairie du Bourget, nous étions près d'une cinquantaine, chauffés à blanc. La commissaire enquêtrice nous a dit qu'elle n'avait jamais vu ça", retrace Adil Champion, qui s'est engagé dans le collectif local contre le projet, et serait lui aussi riverain du data center. Pour lui, "Le projet est passé en catimini. C’est un déni de démocratie."
"Marre que le 93 soit une poubelle industrielle pour l’État" : plongée dans l'enquête publique sur le data center du Bourget
Plusieurs réactions politiques appellent alors à une suspension du dossier ou à des études complémentaires : Fabien Gay, sénateur PCF de Seine-Saint-Denis, Aly Diouara, député LFI du département…
"Réserve électorale"
Vincent Capo-Canellas, sénateur UDI du 93, et ancien maire du Bourget, souligne, comme le font de nombreuses contributions à l'enquête, qu'elle s'est faite sans réunion publique. Et appelle à un prolongement.
Sur l'absence de réunion publique, M. Borsali répond que "Segro voulait en organiser une, à condition que je sois présent. Or je ne pouvais pas, à cause de la période de réserve électorale." Pour les élections municipales de mars 2026, cette période commençait au 1er septembre 2025.
Le code électoral stipule qu'"Il est interdit à tout candidat de porter à la connaissance du public un élément nouveau de polémique électorale à un moment tel que ses adversaires n'aient pas la possibilité d'y répondre utilement avant la fin de la campagne."
Mais il n'interdit pas les réunions publiques, comme l'écrivait un cabinet d'avocats dans une note de mai 2025 : "Lors des réunions publiques de concertation, les élus doivent veiller à ce que leurs interventions soient strictement informatives et ne visent en aucun cas à mettre en avant leurs actions personnelles ou leurs engagements". Et de rappeler que "Le Conseil d’État a d’ailleurs jugé que l’organisation d’une réunion publique dans le cadre d’une concertation, à quelques semaines d’une élection, ne constitue pas, à elle seule, une pression sur les électeurs", dans une décision de juillet 2002.
Dans son avis rendu en janvier dernier, la commissaire enquêtrice a refusé la prolongation de l'enquête, considérant "qu’une participation effective du public a été assurée". Une ex-membre de la MRAe estime, pour sa part, que "la consultation du public n'a pas été à la hauteur des enjeux."
Dans son avis, favorable mais avec quatre réserves, qui empêchent pour l'instant le préfet d'accorder l'autorisation environnementale, elle reprend en revanche plusieurs réserves de la MRAe, notamment celle de refaire les mesures de bruit et de qualité de l'air dans une période "représentative", en-dehors des vacances scolaires.
Deux jours avant le 1er tour
Constatant "l'ambiance de méfiance qui règne auprès du public autour du projet et qui est due, dans une large mesure, à un manque de concertation préalable", elle demande aussi à Segro d'organiser une réunion publique. Le promoteur a jusqu'au 22 juin pour lever les réserves, suite à une prorogation par la préfecture de la décision sur l'autorisation environnementale.
Le nouveau maire, Mehdi Nezzar, est défavorable au projet. En prenant ses fonctions fin mars, il a "découvert" que son prédécesseur avait signé le permis de construire du projet, deux jours avant le premier tour des élections, "sans consultation des Bourgetins, ni information relayée", écrit-il dans le bulletin municipal de mai. "Une méthode que nous dénonçons fermement et qui renforce notre volonté de remettre la concertation, l’information et la transparence au cœur de l’action municipale."
Interrogé sur ce point, Jean-Baptiste Borsali indique que "la période de réserve porte uniquement sur la communication. La ville, elle, continue de tourner et d'avancer", et explique que "le délai d'instruction allait se terminer".
Pour le responsable de service urbanisme précité, "normalement, en période électorale, on gère les affaires courantes, point barre." Selon lui, "[M. Borsali] aurait pu prendre un arrêté de sursis à statuer, ce qui revient à dire 'on verra plus tard'. Ou bien il aurait pu ne rien faire. Ça aurait donné un accord tacite, et la ville aurait ensuite eu trois mois pour revenir dessus".
“C’est une pratique que l’on retrouve malheureusement à chaque élection municipale, déplore Jean-Marie Baty, président du MNLE 93, le but c’est que la nouvelle équipe n’ait plus la main”.

L'accord du permis s'ajoute aux 680 000 euros que la ville a déjà touchés du promoteur, sur les 4 millions que prévoit le PUP. Le budget primitif 2026 prévoit aussi 1,9 million que la ville doit recevoir en octobre. "C'est une belle plaie que vous nous laissez", a déclaré Sandy Desrumaux, nouvelle première adjointe, lors du conseil du 16 avril, face à un Jean-Baptiste Borsali désormais dans l'opposition, ajoutant que "Si nous arrivons à faire tomber ce projet, la ville devra rembourser ces 680 000 euros" et "trouver [l'] argent" pour remplacer ce 1,9 million "déjà budgété".
Pour autant, le permis de construire n'est pas encore valide. L'arrêté de l'ancien maire précise qu' "en application (...) du code de l'urbanisme, les travaux ne pourront pas débuter avant la délivrance de l'autorisation environnementale" par le préfet.
La décision du préfet devra tenir compte de la réunion publique. Alors que Segro avait d'abord annoncé mardi 9 juin qu'elle se tiendrait dans ses locaux, et au Blanc-Mesnil, le maire Mehdi Nezzar a finalement obtenu le lendemain de la relocaliser à la mairie du Bourget. Ce sera le mardi 16 juin, à 19h.
Le collectif contre le data center et le MNLE 93 ont de leur côté annoncé qu'ils comptent déposer un recours au tribunal administratif contre l'autorisation environnementale.

