La Coordination rurale en force à Paris

Plusieurs centaines d'agriculteurs se sont réunis jeudi 8 mars 2026, devant l'Assemblée Nationale. Clément Brizard

Mobilisé depuis près d’un mois contre la gestion de la dermatose nodulaire et l’accord du Mercosur, le deuxième syndicat agricole est monté jeudi à Paris pour porter ses “doléances”. 

Un tracteur devant l’Assemblée nationale. Jeudi, des agriculteurs ont réussi à entrer dans Paris avec leur véhicule de fonction. Dès 5h30, les premiers engins ont atteint la tour Eiffel, puis les Champs-Élysées, malgré les arrếtés d’interdiction de circulation publiés ces derniers jours. Deuxième syndicat agricole, la Coordination rurale, habituée des opérations coups de poing, avait donné rendez-vous à 10 heures, pour porter ses “doléances”, selon le porte-parole Bertrand Venteau. Plusieurs centaines d’agriculteurs ont répondu présents, coiffés de leur bonnet jaune du syndicat.

Sur un garde-boue du tracteur, un Parisien venu en soutien a apporté le petit déjeuner. Des chouquettes circulent. Pour beaucoup, la nuit a été courte. Après un mois de mobilisation, les traits sont tirés et les cernes lourds. “On est fatiguées, usées, déprimées”, lâche Cécilia Bumaure, 45 ans, qui a fait la route pendant la nuit depuis la Corrèze. À ses côtés, Audrey Chauffaille, 28 ans, est installée sur sa ferme depuis début janvier. Elle confie sa “peur pour l’avenir”.

Dire la colère

Les jeunes sont nombreux. Louis Daugeard, 25 ans, est arrivé cette nuit du Tarn, en voiture également. Exploitant d’une ferme de cent bêtes en viande bovine, il est avant tout venu dire sa colère contre la gestion gouvernementale de l’épidémie de dermatose nodulaire contagieuse (DNC) : “Ils sont en train de nous tuer tous les troupeaux”. La Coordination rurale – comme la Confédération paysanne – demande l’arrêt de l’abattage total des troupeaux dès qu’un animal malade est identifié. Pour le jeune éleveur, c’est la “goutte d’eau”. “C’est à se demander s’ils veulent encore des agriculteurs en France”, soupire-t-il.

L’accord de libre-échange avec le Mercosur est l’autre revendication forte. “Ursula, tu nous prends pour des cons”, affiche l’avant du tracteur, en référence à la présidente de la Commission européenne. L’accord, qui concentre contre lui tous les syndicats agricoles français, a toutes les chances d’être signé ce vendredi à Bruxelles, après plus de 25 ans de négociations. Florian Philippot, président du mouvement souverainiste Les Patriotes, était présent dans les premiers pour défendre le “Frexit”, soit la sortie de la France de l’Union européenne.

"Il faut l'abattre"

Cette “montée” à la capitale répond à un sentiment d’”abandon”, témoigne David Barthe, 45 ans : “On est face à un mur”. Vers 11 heures, le mur se fissure. Yaël Braun-Pivet, présidente de l’Assemblée nationale, tente une sortie pour dialoguer. À ses côtés, un conseiller au crâne glabre, que les éleveurs prennent un temps pour Arnaud Rousseau, le président de la FNSEA, syndicat majoritaire. Les noms d’oiseaux fusent. “Démission !”, scandent les éleveurs. Protégée par les forces de l’ordre, la présidente est chahutée dans un mouvement de foule confus. “C’est comme les vaches, il faut l’abattre”, “DNC à l’Assemblée”, entend-on, sur le ton de la plaisanterie. Un autre éleveur tempère : “C’est bon, elle va nous recevoir.” 

La présidente est finalement exfiltrée à l’abri des grilles. La Coordination a en effet obtenu gain de cause : elle a été reçue dans l’après-midi, pour demander un moratoire sur les contrôles jusqu’à la présidentielle. Pour l’heure, les éleveurs jubilent : “Maintenant, on sait qu’on peut rentrer dans Paris, on a fait un truc XXL”.